Groupe hospitalier Paul Guiraud (GHPG)

Un témoignage sur l’ethnopsychiatrie

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Publié le 25/11/2016

Un témoignage sur l’ethnopsychiatrie

Le brassage des populations, l’arrivée massive de migrants, se prêtent à cette nouvelle discipline. L’ethnopsychiatrie réunit la psychiatrie et l’anthropologie.

Elle se penche sur les pathologies psychiatriques en relation avec le contexte culturel d’une population. Cela implique de l’humanisme et un grand respect de la culture et des croyances de chacun. Elle est apparue après-guerre, durant les années 50-60 aux États-Unis et au Canada, puis dans les années 70 en Europe, au rythme des flux migratoires. Le précurseur de l’ethnopsychiatrie est un psychanalyste et anthropologue franco-américain, d’origine hongroise, Georges Devereux (1908-1985).

Dans le cadre de ses études, celui-ci vécut parmi les indiens Mohaves, apprenant leur langue et leurs coutumes. Il fit ensuite son doctorat sur leur mentalité et leur vie sexuelle. Il dira que les Mohaves lui ont mieux fait comprendre les idées de Freud.

Le Docteur Legrand, dans le cadre des «Vendredis Cliniques-staffs protocolisés» du pôle Clamart, a partagé son expérience de l’ethnopsychiatrie. En effet lors de son précédent stage d’internat au sein de l’EPS de Ville-Evrard, dans le 93, il a eu l’occasion, lors de prises en charge de patients, de faire intervenir l’Unité Départementale Intersectorielle d’Ethnopsychiatrie «La Causerie », installée à Aubervilliers.

Témoignage

La psychiatrie est une discipline populaire au sens propre, un champ de compétence sensible et intime bien avant d’être nommé. Alors que le « fou » ne se désigne pas, les personnes raisonnables pointent les dysfonctionnements de l’âme dans les actes qu’il n’est pas naturel d’observer. De sorte que les us et coutumes de notre culture établissent une grille de lecture, à l’aune de quoi on s’en rapporte à la folie en matière d’insensé, d’inexplicable. Il s’agirait pour les membres de telle société d’établir « la bonne façon d’être fou » selon la phrase de G. Devereux. Car la folie admet tout ce que l’on n’a d’abord pu expliquer dans l’épaisseur de notre savoir social et culturel. Le « fou » qui est patient incarne la « folie », l’état morbide traditionnel, qui s’appuie sur le commun pour circonscrire ses frontières, qui évolue dans l’espace qu’on lui attribue et invoque les chimères que l’on consent à lui confier. L’ethnopsychiatrie naît dans la conscience anticolonialiste et se confronte à l’universalisme de la médecine moderne. Elle tente de rendre intelligible les rapports d’un individu avec son environnement culturel ainsi que les interprétations et traitements du mal que ses membres lui auront appliqués. Il s’agit d’éprouver l’oralité d’une tradition et d’en concevoir les applications pratiques. On étendra la nosographie dans ce savoir populaire qui possède ses définitions et ses traitements, une logique traditionnelle qui fait sens, qui colore les interactions du malade avec son environnement. On s’appuiera aisément sur ces concepts pour favoriser l’acte thérapeutique. La subjectivité du psychiatre est un garde-fou, une conscience humble qui se porte vers l’autre qui n’est pas moi. Les traditions, les spiritualités, les rites nous enseignent les réponses et les explications. J’ai fait plusieurs fois appel à une des antennes d’ethnopsychiatrie, basée à Aubervilliers. L’unité fonctionnelle du Docteur Francis Théodore, psychiatre des hôpitaux, assisté de son épouse, Christine Théodore, psychologue clinicienne, s’avère d’une aide précieuse. Les entretiens sont généralement réalisés dans la langue natale avec un interprète.

Cet exercice apporte d’autres pistes thérapeutiques, confronte nos diagnostics et permet de consolider le lien que l’on tisse avec le patient.

Docteur Adrien Legrand-interne ,

Interne en Psychiatrie au 92G17-pôle Clamart